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Assurance emprunteur : ce que l'avis du CCSF change au 1er septembre 2026

Le Comité consultatif du secteur financier a adopté le 26 mai 2026 un avis qui engage les assureurs sur quatre points de l'assurance emprunteur, avec une première étape au 1er septembre 2026. Voici ce que vous devez vérifier dans les contrats que vous présentez à vos clients.

L'équipe Parcours Assurance Publié le 11 septembre 2026
Illustration : un professionnel de l'assurance examine un contrat d'assurance emprunteur

Que change l'avis du CCSF en assurance emprunteur ?

L'avis du Comité consultatif du secteur financier (CCSF) du 26 mai 2026 engage les assureurs sur quatre points de l'assurance emprunteur : garantir la continuité de couverture lorsqu'un client change d'assureur, retenir une lecture unique du seuil de 200 000 euros qui dispense de questionnaire de santé, harmoniser les taux d'invalidité autour de 66 % et 33 %, et supprimer les exclusions pour états pathologiques antérieurs dans les contrats souscrits sans sélection médicale. Les premières mises en œuvre interviennent au 1er septembre 2026, la généralisation étant attendue au 1er janvier 2027.
Pour l'intermédiaire, ce n'est pas une réforme de plus à commenter : c'est une grille de lecture qui redevient exploitable. Depuis la loi Lemoine, la substitution d'assurance emprunteur est juridiquement libre mais pratiquement inégale, parce que les contrats ne disent pas tous la même chose sous les mêmes mots. L'avis du CCSF s'attaque précisément à ces écarts de rédaction.

Un engagement de place, pas un texte de droit en vigueur

Premier réflexe à avoir avant d'en parler en rendez-vous : l'avis publié le 24 juin 2026 n'est ni une loi, ni un décret, ni une position de l'ACPR. Le Comité est une instance de concertation qui réunit professionnels et représentants des clients, et ses avis prennent la forme d'engagements de place. Ils supposent, pour produire un effet, que chaque assureur modifie effectivement ses conditions générales.
La conséquence pratique est simple : vous ne pouvez pas opposer l'avis à un assureur qui ne l'aurait pas encore décliné. Vous pouvez en revanche vous en servir comme référentiel de comparaison, contrat par contrat, et documenter dans votre dossier la raison pour laquelle vous avez retenu telle offre plutôt que telle autre. C'est exactement la logique qui s'applique déjà à d'autres évolutions de pratique commerciale, comme le passage au consentement préalable en matière de prospection téléphonique.
Le calendrier annoncé distingue une phase de mise en œuvre volontaire à compter du 1er septembre 2026 et une généralisation à compter du 1er janvier 2027. Entre les deux, deux contrats concurrents peuvent parfaitement ne pas être alignés. C'est pendant cette fenêtre que votre valeur ajoutée se voit.

Continuité de couverture : la fin des trous de garantie

C'est l'engagement le plus lourd de conséquences. Les assureurs s'engagent à garantir, lors d'un changement d'assureur, une absence totale de ce que le Comité nomme des « trous de garantie », selon le communiqué de la Banque de France.
Le scénario visé est connu de tous ceux qui ont monté une substitution : un sinistre déclaré sous l'ancien contrat, un arrêt de travail par exemple, se prolonge après la résiliation. L'ancien assureur cesse d'indemniser au motif que le contrat est résilié, le nouveau refuse de prendre en charge un sinistre antérieur à sa prise d'effet. Le client se retrouve sans couverture au pire moment, et c'est l'intermédiaire qui a conseillé la substitution qui reçoit l'appel.
Tant que la généralisation n'est pas acquise, la vérification reste la vôtre. Trois questions à poser systématiquement à l'assureur quitté comme à l'assureur d'accueil : les prestations en cours de service se poursuivent-elles après la résiliation, l'invalidité consécutive à un arrêt de travail déclaré sous l'ancien contrat est-elle prise en charge, et par qui ?

Le seuil de 200 000 euros lu de la même façon par tous

La loi Lemoine interdit toute demande d'information médicale lorsque la part assurée par emprunteur n'excède pas 200 000 euros et que l'échéance de remboursement intervient avant le soixantième anniversaire de l'assuré. Ces deux conditions sont rappelées sur la fiche officielle service-public.gouv.fr.
Le problème n'était pas la règle, mais son assiette. Les établissements ne comptaient pas tous la même chose dans l'encours cumulé : certains y agrégeaient des crédits qui n'entrent pas dans la définition du crédit immobilier. Résultat, un même client passait sous le seuil chez un assureur et au-dessus chez un autre, avec un questionnaire de santé à la clé et parfois une surprime.
L'engagement pris est de ne retenir que les encours de crédits immobiliers au sens du Code de la consommation pour apprécier les 200 000 euros. Si vous montez un dossier pour un client proche du seuil, c'est le point à faire écrire noir sur blanc avant la souscription.

Invalidité : 66 % et 33 % deviennent la référence commune

Les assureurs s'engagent à retenir un taux d'au moins 66 % pour l'invalidité permanente totale et de 33 % pour l'invalidité permanente partielle, avec des tables de capacité fonctionnelle et des exemples concrets destinés à rendre ces seuils lisibles.
L'enjeu est direct pour vous : l'équivalence de garanties exigée par le prêteur se joue sur ces définitions. Deux contrats affichant le même intitulé de garantie peuvent déclencher à des seuils différents, et c'est précisément ce que le prêteur regarde lorsqu'il accepte ou refuse une substitution. Un référentiel commun réduit le motif de refus le plus fréquent.
Second point acquis dans le même mouvement : l'appréciation de l'incapacité doit se faire au regard de la profession exercée au moment de la souscription, et non d'une « profession quelconque ». Sur un dossier de dirigeant ou de profession libérale, cette nuance vaut plusieurs années de mensualités.

Exclusions antérieures et définition du décès : deux angles morts refermés

Les contrats souscrits sans sélection médicale, ceux que la loi Lemoine a rendus possibles, comportaient parfois une clause d'exclusion pour états pathologiques antérieurs. Autrement dit, l'assureur renonçait à poser la question mais se réservait le droit de refuser le sinistre au motif d'une pathologie préexistante. L'engagement supprime ces clauses, qui vidaient la mesure de sa portée.
Dernier point, plus technique qu'il n'y paraît : la garantie décès doit couvrir le décès toutes causes, sauf mention expresse limitant la couverture au décès accidentel. Un client qui pense être couvert et qui ne l'est que pour un accident est un contentieux en attente, et le reproche remonte au distributeur.

Ce que disent les chiffres du marché

Les ordres de grandeur rappelés par le CCSF donnent la mesure de l'enjeu. L'assurance emprunteur représente plus de 22 millions de contrats couvrant des crédits immobiliers, pour un montant de cotisations proche de 7 milliards d'euros, sur des données 2024, les dernières disponibles à ce jour.
La dynamique de substitution, elle, a changé d'échelle : 198 530 demandes de changement d'assurance en 2021, contre 496 654 en 2024, avec un taux d'acceptation proche de 94 %. La liberté de résiliation infra-annuelle a donc bien produit un effet de volume, sans pour autant renverser les positions : les contrats de groupe bancaires conservaient environ 82,5 % du marché en 2024.
Autrement dit, le marché reste très largement à conquérir pour la distribution indépendante, dans un registre qui compte aujourd'hui près de 27 000 courtiers, comme le montrent les données du registre ORIAS. Les engagements du CCSF retirent un obstacle de plus sur le chemin de la substitution.

Les six points à vérifier avant votre prochaine substitution

  • Le contrat d'accueil prend-il en charge un sinistre déclaré sous l'ancien contrat et toujours en cours ?
  • L'ancien assureur maintient-il les prestations en service après la résiliation ?
  • Sur quelle assiette le prêteur apprécie-t-il le seuil de 200 000 euros ?
  • Quels taux déclenchent l'invalidité permanente totale et l'invalidité permanente partielle ?
  • L'incapacité s'apprécie-t-elle au regard de la profession exercée ou d'une profession quelconque ?
  • La garantie décès couvre-t-elle toutes causes, ou seulement le décès accidentel ?
Ces six questions tiennent sur une page et se posent avant la demande de substitution, pas après. Conservez les réponses écrites dans le dossier client : elles constituent la trace de votre conseil, exactement comme la motivation que l'ACPR attend sur toute recommandation personnalisée.

Ce que ce sujet exige de vous au titre de la DDA

L'assurance emprunteur est l'un des domaines où la réglementation bouge le plus vite, et où l'écart entre ce que le client croit avoir compris et ce que le contrat prévoit se paie le plus cher. C'est précisément ce que vise l'obligation annuelle de formation continue : maintenir un niveau de connaissance à jour, à raison de quinze heures par année civile, pour tout intermédiaire inscrit à l'ORIAS. Le cadre complet est détaillé dans notre guide de la formation DDA de 15 heures.
Si l'emprunteur pèse dans votre production, la formation dédiée à l'assurance emprunteur et à l'IAS couvre l'équivalence de garanties, la mécanique de substitution et les définitions de garanties passées en revue ci-dessus. Quinze heures, cent pour cent en ligne, attestation conforme délivrée sous 24 heures.
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Sources

  • Banque de France, communiqué du CCSF sur la lisibilité et le renforcement des garanties des contrats d'assurance emprunteur : contenu des quatre engagements, taux d'invalidité de 66 % et 33 %, assiette du seuil de 200 000 euros, chiffres 2024 du marché et des demandes de substitution.
  • Banque de France, avis du CCSF du 26 mai 2026 sur les contrats d'assurance emprunteur des crédits immobiliers, publié le 24 juin 2026 : date d'adoption, portée de l'avis et calendrier d'application.
  • service-public.gouv.fr, fiche sur l'assurance emprunteur d'un crédit immobilier : conditions de suppression du questionnaire de santé, droit de changer d'assureur et fiche standardisée d'information.
Les chiffres de marché cités portent sur l'exercice 2024, dernières données publiées par le CCSF à la date de rédaction.

Questions fréquentes

L'avis du CCSF du 26 mai 2026 est-il obligatoire ?+

Non. Un avis du CCSF est un engagement de place, pas un texte de droit en vigueur. Il n'a d'effet que si chaque assureur modifie ses conditions générales. La mise en œuvre débute au 1er septembre 2026 et la généralisation est attendue au 1er janvier 2027.

Qu'est-ce qu'un trou de garantie en assurance emprunteur ?+

C'est la situation où un sinistre déclaré sous l'ancien contrat n'est plus indemnisé après la résiliation, alors que le nouvel assureur refuse de le reprendre au motif qu'il lui est antérieur. Les assureurs s'engagent à supprimer ces ruptures de couverture lors d'une substitution.

Comment s'apprécie le seuil de 200 000 euros de la loi Lemoine ?+

Il s'apprécie par assuré, sur la part assurée des encours de crédit, et l'échéance de remboursement doit intervenir avant le soixantième anniversaire. L'engagement du CCSF précise que seuls les crédits immobiliers au sens du Code de la consommation entrent dans ce calcul.

Ce sujet compte-t-il dans mes 15 heures de formation DDA ?+

Oui, dès lors que la formation est dispensée par un organisme de formation et porte sur vos compétences professionnelles d'intermédiaire. Une formation de quinze heures consacrée à l'assurance emprunteur valide à elle seule l'intégralité de votre obligation annuelle, pour l'année civile en cours et sans report possible.

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